Depuis plusieurs mois, la droite bourgeoise gangrénée par le lobby de l’armement s’attaque de plus en plus frontalement à la Loi sur le matériel de guerre. Sous couvert de vouloir envoyer des armes en Ukraine, le Parlement a accepté fin 2025 des modifications saccageant tous les efforts de la gauche en matière de restriction du commerce militaire.
Certain·es d’entre vous se souviendront avoir récolté pour l’initiative correctrice en 2019. La votation populaire n’a pas eu lieu, car un contre-projet reprenant les points essentiels de l’initiative a été trouvé et est entré en vigueur il y a 3 ans. Grâce à cette modification de la loi, l’interdiction d’envoi d’armes à des pays impliqués dans des guerres civiles ou internationales ou bafouant gravement les droits humains a été inscrite dans la Constitution. Il était temps, car avant cela on retrouvait des grenades RUAG en Syrie et des fusils d’assaut SIG Sauer dans la guerre civile au Yémen. Le fait que du matériel de guerre atterrisse dans des États qui violent les droits humains est purement dû aux règles qui encadrent (ou non) notre politique d’exportation.
Seulement, suite aux « scandales » concernant l’interdiction pour l'Allemagne de réexporter du matériel militaire suisse en Ukraine, la droite de l’Assemblée fédérale s’est affairée à saboter cette victoire.
Revenons sur les trois changements majeurs de cette loi :
Premièrement, les réexportations seraient acceptées par défaut. Si on envoie des armes aux États-Unis, elles pourraient se retrouver en Israël ou en Égypte. La Suisse perd tout contrôle sur la destination finale de ses armes. Seule l’Ukraine fait exception à cette règle, suite à un ajout de dernière minute de l’UDC.
Deuxièmement, les 25 pays de l’annexe 2 – soit des régimes « similaires à la Suisse » d’après le SECO – pourraient être approvisionnés en armes suisses même en étant impliqués dans une guerre civile ou internationale, ou en violant gravement les droits humains. Concrètement, si les États-Unis poursuivent leur offensive au Vénézuéla, la Suisse pourrait continuer à envoyer des armes à Washington, avec le risque qu’elles soient utilisées dans cette guerre.
Enfin, un laisser-passer est offert au Conseil fédéral, sous forme de compétence dérogatoire pour envoyer des armes à tous les pays, peu importe leur situation géopolitique, « si la sauvegarde des intérêts du pays en matière de politique extérieure ou de politique de sécurité l’exige ».
Sous couvert de solidarité avec l’Ukraine, le Parlement détourne une situation dramatique pour servir d’autres intérêts. Plutôt que de proposer des adaptations ciblées permettant un réel soutien aux pays agressés en violation du droit international, la majorité bourgeoise défend une révision de la loi qui ne répond ni aux besoins de l’Ukraine ni à des situations comparables. Elle ouvre en revanche la porte à l’exportation de matériel de guerre suisse vers des États de non-droit et des pays en guerre civile, révélant l’objectif réel de la démarche : permettre à l’industrie suisse de l’armement de profiter du réarmement mondial.
L’Alliance derrière l’initiative correctrice s’est donc reformée afin de lancer un référendum, que vous trouverez dans cette édition du Point. Les armes en elles-mêmes ne sont pas une solution, il s’agira toujours d’une industrie mortelle qui capitalise sur la souffrance et ferme les portes d’un avenir en paix. Vous trouverez toutes les informations sous referendum-materieldeguerre.ch, faites signer autour de vous !