À mon entrée en fonction en mai 2021, nous vivions la crise COVID. Les prévisions conjoncturelles étaient pessimistes. Malgré la guerre en Ukraine et la menace de crise énergétique, l’économie – suisse et neuchâteloise – a vécu un rebond extraordinaire au lendemain de la pandémie.
En 2023, le taux de chômage moyen dans le canton s’est élevé à 2,7 %, un taux que Neuchâtel n’avait plus connu depuis vingt ans ! Les moyens publics engagés pendant la période COVID pour soutenir l’économie ne sont pas étrangers à cette bonne situation.
Moins de deux ans plus tard, en juillet 2025, la situation est autre ; notre canton fait face à un taux de chômage de 4,5 %. Et cela avant l’annonce, début août, des droits de douane américains à 39 % frappant les exportations suisses, annonce qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel économique neuchâtelois déjà assombri. Certes, depuis août, ces droits de douane ont été revus à la baisse pour se fixer à 15 % dès la mi-novembre ; ils restent cependant plus élevés qu’avant le printemps 2025 et demeurent incertains.
L’imprévisibilité des décisions américaines couplée aux incertitudes économiques sur d’autres marchés, le contexte géopolitique et la force du franc mettent à mal l’économie neuchâteloise.
Neuchâtel est un canton fortement industriel et tourné vers l’exportation. La richesse de notre tissu industriel constitue un défi majeur lorsque la conjoncture se détériore. Mais c’est aussi une fierté. Le slogan du savoir-faire neuchâtelois « petit, précis et fiable » n’est pas galvaudé. On le retrouve dans de très nombreux produits – pas seulement ceux qui pourraient être vus comme superflus. La santé, les outils de communication, la recherche, l’environnement ont besoin des savoir-faire développés ici.
La préservation d’un tissu industriel est un enjeu. En matière d’aménagement du territoire en regard des infrastructures nécessaires et en termes de ressources humaines considérant les compétences spécifiques dont l’industrie a besoin dans toute la chaîne, de l’ingénieur·e à l’opérateur·trice.
En charge de l’économie depuis mai 2025, j’ai dû rapidement réunir autour de la table les services concernés (économie et emploi) et les représentant·es des acteurs économiques fortement exposés à la situation. La réactivité et la concertation ont permis au Conseil d’État de présenter, en octobre, un rapport à l’appui d’un plan d’action cantonal[1] destiné à soutenir la résilience des entreprises, en particulier des PME, fortement impactées par la situation. Le parlement a validé 8 millions de francs dans le cadre du budget 2026 pour déployer ce plan d’action qui prévoit des mesures destinées à soutenir l’innovation, le transfert technologique, la poursuite de projets de recherche et développement ou encore la diversification des marchés. Ce plan d’action s’ajoute aux outils existants d’aide au développement économique et inclut des mesures pour favoriser le développement des compétences des travailleur·euses pendant la période de RHT (chômage partiel).
Aujourd’hui[2], une cinquantaine de PME industrielles, principalement dans les secteurs de l’horlogerie et des machines, se sont adressées aux services dans le cadre de ce plan d’action. Les mesures sur lesquelles s’orientent les soutiens concernent principalement le coaching et l’aide à l’innovation, et le développement des compétences des travailleur·euses en RHT.
S’engager aux côtés des PME industrielles pour accompagner leur résilience est essentiel. Pour préserver ces savoirs et cette production à forte valeur ajoutée. Pour favoriser l’adaptation des compétences nécessaires et recherchées. Pour soutenir la prospérité, dont le développement qualitatif du canton a besoin. Pour préserver la solidarité.
[1] Rapport 25.042
[2] Fin mars 2026